« La vérité d’un énoncé dépend toujours
d’un certain cadre de référence »,
Nelson Goodman, 1978
 


Comment penser ou repenser en 2012 la photographie, l’un des médiums visuels les plus adoubés de la création contemporaine ? C’est par cette question gigantesque mais essentielle que Constance Nouvel a engagé son travail de photographe.
 
L’artiste se confronte à un monument, mais en bonne archéologue, elle est allée fouiller jusqu’aux fondations de son temple : choix du sujet, cadrage, développement, support, encadrement, exposition. Que sont-ils ? Découlent-ils du réel, ou, comme l’artiste semble l’envisager, sont-ils des artefacts, des éléments de transcription qui font appel à la subjectivité du photographe?
 
Consciencieusement, Constance Nouvel a d’abord commencé par rassembler le catalogue de ses interrogations et par décortiquer ce qui compose la création d’une photographie. Cherchant la face cachée de ce qui s’est fixé sur le négatif, l’artiste semble vouloir retirer les couches de vernis qui ont dogmatisé une certaine pratique de la photographie. Dans un second temps, elle a engagé un dialogue, presque un duel avec ses clichés. Abordant des visuels apparemment anonymes et souvent figuratifs -un arc en ciel, un paysage abstrait, un coucher de soleil-, elle provoque ses photographies, cherche leurs limites et identifie pas à pas les réponses. Comment l’image réagit-elle lorsqu’on la manipule, qu’on la déchire, la scalpe, la dédouble, qu’on la plie, la déplie, ou l’agrandit ? Que devient-elle sur un support posé à terre qu’elle ne saurait être dans un cadre au mur ? Que nous dit-elle collée sur une plaque d’acier qu’elle ne dévoilerait pas sur une feuille de plastique ou d’aluminium ?
 
Les oeuvres de Constance Nouvel révèlent que, si la photographie est une empreinte du monde, elle est toujours remaniée par celui qui oriente l’objectif de l’appareil. Les manipulations ont autant à dire que les éléments mimétiques de l’image. Ce trait poussé à l’extrême conduit à une nouvelle découverte : chaque image requiert, voire impulse d’elle-même, un traitement qui lui est propre et qui fait d’elle un sujet à part entière. De concert avec son auteure, l’image prend la parole. L’artiste est alors obligée de traiter chaque cliché selon un processus individuel et non systématique. Ses photographies sont des actes, des gestes résultant d’un moment de dialogue entre l’image et la photographe dans une quête des limites de la subjectivité. Paradoxe suprême, l’artiste aurait poussé la photographie à sa non-reproductibilité technique.
 
Les photographies de Constance Nouvel sont des objets visuels doués d’une qualité performative et temporelle (1) . Ce sont des images en situation, à lire dans et avec leur environnement. En se prêtant ici à l’exercice de l’essai visuel pour une revue, support de reproductibilité par excellence, Constance Nouvel confirme la logique de son travail : l’objet visuel est pensé dans son contexte et sera manipulé par son nouveau détenteur qui utilisera sa propre gestuelle pour retrouver l’image.
 

Elsa De Smet
2011
 

(1) Sur la notion de performativité, se référer à Alain Dierkens, Gil Bartholeyns & Thomas Golsenne (dir.), La performance des images, ULB Livres, Bruxelles, 2010.
Filigranes / 2015
EXPOSITIONS PERSONNELLES :
Incidences / 2013
Décors / 2009 - 2016
OEUVRES :
Persistants / 2012 - 2014
Translations / 2011-2015